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XXXIII Jeudi 29



J’attends Nadège dans un profond blues. Très mal dormi : deux femmes et pas une pour la nuit ! Où vais-je avec elles ? Ce n’est pas en s’engageant dans deux impasses qu’on trouve une issue ! Le "travail" avec Kader fut monotone, triste, encore plus fastidieux que la veille ! Certes, quelques notes… il faut bien… J’attends son arrivée avec impatience, pas seulement celle de l’Amour : qu’elle évacue d’un sourire, d’un geste, toutes mes sombres pensées. Mais je redoute qu’aujourd’hui soit différent des autres jours.



Nadège n’est qu’une face d’un grand dé sur lequel figure également Amina ? Ce grand dé avec lequel je lutte sans espoir de les y arracher ?

Si je devais en sauver une ?

Malgré l’attirance physique évidente, vive, viscérale, des êtres peuvent s’être mis en situation de ne pas pouvoir vivre avec leur Amour. Trop emprisonnées, ligotées, Nadège et Amina, pour vivre réellement l’Amour…



Amina ne sortira jamais de son conditionnement musulman. Nadège ne sortira jamais des griffes de ses bourreaux. Certes Nadège lutte, en état de révolte, refuse viscéralement ce qui lui arrive alors qu’Amina s’est identifiée avec sa religion, essaye simplement de "transiger" avec ses "règles", vivre avec moi malgré tout…



J’ai dès l’enfance rejeté ma propre prison, celle du fils d’un jeune français envoyé ès soldat du rétablissement de l’ordre en Algérie et revenu traumatisé, rejouant sa guerre dans sa cellule familiale en nous maintenant dans l’insécurité de ses mois à traverser les maquis. Dès cette enfance, dès ma compréhension des mécanismes d’oppression, j’ai bataillé contre cet asservissement puis à la mort du bourreau décidé de vivre loin de "ces malades", cherchant "la liberté" puis finalement la tranquillité. La tranquillité comme la préconisait déjà Confucius. Une forme de stoïcisme selon Sénèque ou Epictète. J’ai souhaité cette tranquillité également pour être disponible à la vie, à l’Amour.

Et elles ont grandi derrière des barreaux, trop jeunes pour posséder la force de les briser. Et après il était trop tard ? On a voulu leur faire aimer leur prison. C’est merveilleux d’être musulmane, tu as la chance de m’avoir rencontré, princesse...

Nadège explore toutes les issues imaginables tandis qu’Amina, dès qu’elle sort la tête de l’eau, dès que nous vivons quelques jours sans tension, il suffit d’un mail, un appel téléphonique ou une simple pensée pour qu’elle rebascule, en prétendant se sentir déphasée avec sa religion, ses principes, ses valeurs… tout ce qu’elle ne peut pourtant pas vivre, qu’elle a fui…

Malgré cela, je n’ai jamais pu, et ne pourrai donc jamais, lui demander de choisir entre eux et moi. Seule une révolte profonde, une rupture totale d’avec sa famille pourrait la libérer, lui permettre de vivre l’Amour comme elle le souhaite souvent, avec sa majuscule. Mais en même temps, sa mère, ses frères, ses sœurs et les autres, je ne peux pas exiger qu’elle choisisse entre eux et moi. Une impasse. J’ai souhaité la mort de mon père, le bourreau, certes également la victime de son passé mais incapable de s’en libérer. Je n’ai jamais souhaité la mort de sa mère, de ses frères et sœurs, pas même de sa Kagera !



Amina et Nadège parlent d’Amour, ont besoin d’Amour. Je suis leur illusion d’Amour. En partant vivre loin du bruit et des futilités, me suis-je rendu invisible aux femmes épargnées par la vie, me suis-je placé en situation de rencontrer uniquement des femmes en lutte pour l’Amour ? Ou est-ce plus profond ? Un signe imperceptible nous permet de nous reconnaître ? Nous cherchons l’Amour car nous savons que c’est la seule manière de sauver la vie ? Alors que "les autres" entrent dans un couple par attirance physique et y vieillissent, certes souvent s’y déchirent car vivre à deux semble toujours dégénérer en reproches et rancœurs…

Pour elles l’Amour représente la bouée de sauvetage, elles s’y agrippent sans jamais parvenir à y monter. Je suis une bouée de sauvetage… Nadège arrive. Trois heures merveilleuses.

Est-ce la subconsciente certitude de vivre des heures grappillées contre l’impossible qui nous place dans une telle disponibilité au Bonheur ? Comme avec Amina durant les premières semaines. Croire que c’est possible… Nous faisons abstraction de la réalité qui nous rejoindra forcément, inévitablement... Mais peut-être avons-nous besoin de parfois vivre ainsi ?...



Le roman de la révolution numérique, de Stéphane Ternoise
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-- du 15 novembre 2014 à 13 : 28
par Pascal : Je recommande vivement votre roman de la révolution numérique qui m'a bouleversé de vérités. Oui, il faut agir. Agissons. (...)

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